Emmanuel Macron clame qu’il a obtenu la création de « deux millions d’emplois » depuis son élection et qu’il a relancé l’industrie en France. De fait, le nombre d’emplois salariés a augmenté de 1,9 million entre le deuxième trimestre 2017 et le dernier trimestre 2023 (source : INSEE, estimations trimestrielles d’emploi salarié). Mais
- ce résultat n’est pas spécialement dû à la politique menée depuis sept ans puisqu’il est comparable à ce qu’on observe dans le reste de l’Europe ;
- l’emploi industriel n’a augmenté que de 4 % (129 000 emplois en plus), soit beaucoup moins que l’emploi total qui a crû de 7,5 %. L’emploi industriel ne représente que 12,1 % de l’emploi total au 1er trimestre 2024 contre 12,5 % au deuxième trimestre 2017 ;
- ces performances médiocres s’accompagnent d’une débauche d’aides publiques (exonérations de cotisations sociales) censées stimuler les embauches en diminuant le « coût du travail » qui, en réalité, alimentent les profits sans effet mesurable sur l’emploi ;
- une grande partie de l’augmentation apparente de l’emploi reflète le financement par l’État d’un recours massif par les entreprises à l’apprentissage : le nombre des apprentis (souvent de niveau bac +3, 4 ou 5) est passé de 400 000 en 2017 à plus d’un million en 2024. Le coût de la prise en charge de leurs contrats par les finances publiques a été de 20 milliards d’euros en 2022 ;
- de façon générale, l’augmentation de l’emploi salarié recouvre une dégradation accélérée de la qualité des emplois : ubérisation, montée des contrats précaires et du temps partiel contraint (même en-dehors de la période de confinement consécutive à la pandémie) ;
- en particulier, environ 500 000 emplois statistiquement considérés comme non salariés ont été créés depuis 2017 ; mais ils consistent pour une part prépondérante en micro-entreprenariat, c’est-à-dire en emplois salariés déguisés, à temps très partiel et très peu rémunérés ;
- avec 2,3 millions de chômeurs au sens du BIT, 1,9 million de personnes dans le « halo du chômage » et 1,3 million en situation de sous-emploi, soit 5,5 millions au quatrième trimestre 2023 (source : INSEE, enquête Emploi), le nombre de personnes privées d’un véritable emploi efficace reste obstinément supérieur à 5 millions depuis vingt ans : autant de talents qui manquent pour la création des richesses dont le pays a besoin ;
- comme les emplois existants s’accompagnent d’une inefficacité dans la gestion des entreprises, d’une dégradation des conditions de travail, d’une perte de sens du travail, ils perdent en efficacité et l’augmentation de la valeur ajoutée (le PIB) ne suit pas l’augmentation de l’emploi. Voir Frédéric Boccara : Baisse de la productivité apparente du travail : réalité, signification et enjeux – Économie et politique (economie-et-politique.org) ;
- pendant ce temps, les difficultés de recrutement des entreprises et des services publics sont au plus haut. Cela signifie que le marché du travail capitaliste est en crise : il parvient de plus en plus mal à mobiliser les capacités créatrices de la population.
Cela souligne l’urgence de le dépasser. Nous proposons de le faire en construisant un système de sécurité d’emploi ou de formation. Au lieu de traiter la force de travail humaine comme une marchandise soumise au marché et à la rentabilité du capital, on créerait ainsi progressivement les conditions d’une mobilité choisie pour toutes et tous sans jamais passer par la case « chômage », en partant des besoins d’emplois pour répondre aux aspirations de la population.


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